Actu locale
PAFEEM : Le coup de pouce qui change des vies.
À Tombouctou, trois jeunes bénéficiaires du projet de Promotion de l’Accès au Financement de l’Entrepreneuriat et de l’Emploi au Mali (PAFEEM) racontent comment cette initiative a transformé leur parcours et leurs perspectives d’avenir.

« J’ai débuté avec deux femelles et un mâle », raconte Mahamane Alassane. Ce mardi 21 octobre, à son domicile situé dans le centre-ville d’Abaradjou, vers le secteur Mahamane Fondogoumo, le jeune entrepreneur se remémore ses débuts modestes avant que le projet ne lui ouvre de nouvelles perspectives.
Grâce au revenu perçu lors des travaux publics à haute intensité de main-d’œuvre(TP-HIMO), Mahamane Alassane a investi dans l’élevage de volailles : « Une passion née en 2012 à Bamako grâce à mon grand frère, qui y a excellé », confie-t-il. Cet investissement lui permet aujourd’hui de subvenir à ses besoins et, surtout, de sortir « de la précarité et du chômage ». Grâce à ses revenus, il a également investi dans un baby-foot qui, selon lui, « aide à couvrir certaines dépenses ».

Son poulailler situé sur le toit de sa maison, compte désormais trois femelles, un mâle et cinq poussins. Une avancée notable pour celui qui voit dans cette initiative « une eau bénite ».
Ambitieux, il rêve désormais d’ouvrir sa propre ferme et, pourquoi pas, de devenir « le principal fournisseur de la ville ».

Dans le sud d’Abaradjou, au secteur Millionki, vit Ismaël Cissé, un autre bénéficiaire du projet. Ce trentenaire a investi son financement dans l’achat d’une moto-taxi. « Quand j’ai eu le financement, je me suis dit qu’il fallait changer de stratégie, et veiller à prendre en charge mes parents et mes enfants », explique-t-il.

La somme perçue dans le cadre des Travaux Publics à Haute Intensité de Main-d’Œuvre (TP-HIMO), destinés à soutenir les jeunes et l’économie locale, lui a permis d’épargner pour créer un revenu stable. « Chaque mois, on me payait 40 000 F. J’économisais 10 000 F. Ce qui restait me permettait de nourrir la famille et d’acheter les médicaments de ma mère, handicapée », raconte-t-il.
L’arrêt des travaux l’a pris de court. Ses économies, qui : « s’élevaient à 100 000 F, » n’étaient pas suffisantes pour acheter une moto-taxi : « ces telimanis qui servent de transport à Bamako », dit-il.
Il a alors fait appel à la générosité d’une connaissance vivant à Bamako pour compléter la somme nécessaire à l’achat de l’engin.
Ismaël, qui dit avoir été « sans le sou, dans une extrême précarité », avant la moto flatte ses bienfaits, affirme vivre d’elle. Et tout porte à croire qu’elle a changé son statut. « Avant même dans ma famille, on ne me respectait pas » confie-t-il.
À sept kilomètres du centre-ville de Tombouctou, dans le quartier de Kabara, vit Mariam Dicko, la troisième bénéficiaire.
Trentenaire domiciliée dans le secteur Ahara, elle a investi ses économies dans la préparation de la crème traditionnelle, une activité héritée de ses parents. « Je ne regrette pas, car je gagne de quoi subvenir à mes besoins. Ça me permet de m’ouvrir à d’autres activités. Et surtout, grâce à cela, je paye la scolarité de mes enfants », raconte-t-elle.
Mère de deux enfants, et n’ayant pas trouvé d’emploi après sa scolarité, elle est restée auprès de sa mère pour apprendre le métier. « Nous avons commencé petit à petit, en faisant les marchés de Toya, Handoubomo, etc. », se souvient-elle.

Sa rencontre avec le projet PAFEEM à travers le TP-HIMO a été un véritable coup de pouce : « Nous avons d’abord participé aux travaux publics, puis suivi des formations grâce auxquelles nous avons beaucoup appris. »
Avec les revenus générés, elle a acheté le matériel nécessaire pour consolider son activité : « J’en avais énormément besoin, d’autant que le mil était très cher. Dieu merci, le projet est venu au bon moment. »
Depuis, Mariam a également investi dans la culture de la pomme de terre, un nouveau pas vers son autonomie financière.
À court de ressources
Depuis la fin du projet PAFEEM, aucun autre financement n’a été accordé. Pourtant, les bénéficiaires n’en ont pas fini avec les péripéties.
Les conditions de travail difficiles et la cherté de la vie constituent un véritable frein à l’expansion des jeunes entrepreneurs, qui cherchent à trouver un équilibre entre les dépenses et les marges à ne pas dépasser. Comme l’explique Mahamane Alassane : « J’ai dû diminuer la quantité de volailles parce que la vie devient chère et les moyens manquent pour entretenir un grand nombre. » Son baby-foot, autre source de revenus, subit lui aussi les conséquences : « La clientèle a considérablement diminué. »
Le défi financier semble le plus récurrent. Pas de revenu fixe, et une clientèle de plus en plus rare. Pour Mariam Dicko, la situation n’est guère meilleure : « La clientèle est modeste », confie-t-elle, dans un quartier comme Kabara où la concurrence est forte. Elle ajoute : « C’est surtout aux marchés hebdomadaires que ça marche mieux. »
Ismaël Cissé traverse également une phase critique. Sa moto-taxi est tombé en panne il y a « deux semaines », et il manque de moyens pour le réparer. « Si seulement on m’avait remboursé les dettes qu’on me doit, je pourrais réparer ma moto et reprendre mes activités », explique-t-il.
Malgré les difficultés et l’absence de nouveaux financements, ces jeunes continuent de croire en leurs projets. Le PAFEEM leur a ouvert une voie, mais sans accompagnement durable, leurs rêves risquent de s’essouffler face aux réalités économiques du pays.
Actu locale
Tonka endeuillée à nouveau : un directeur de médersa exécuté en public
La ville de Tonka est une fois de plus plongée dans la douleur. Abdoul Salam Maïga, directeur d’une médersa locale, a été froidement assassiné en pleine rue par des individus armés.
D’après plusieurs témoins, la victime se trouvait avec ses proches au marché lorsque ses bourreaux ont fait irruption. Ils l’ont contraint à les suivre, avant de revenir quelques minutes plus tard avec lui, les yeux bandés. Il a été exécuté sur place, sous les yeux de personnes présentes sur les lieux.
Ce drame vient raviver une blessure encore ouverte au sein d’une communauté déjà meurtrie par une succession de violences. En novembre dernier, Mariam Cissé avait été enlevée puis assassinée. Fin mars, Amadou Diadié Baby, dit Marco, avait à son tour été abattu devant sa boutique par des hommes armés.
Ces meurtres à répétition installent durablement un sentiment de terreur et d’insécurité dans la ville, laissant ses habitants dans une angoisse profonde face à une violence qui ne semble pas vouloir s’arrêter.
Actu locale
Commune urbaine de Tombouctou : les commerçants s’insurgent contre la décision de la mairie
La tension monte à Tombouctou après l’inauguration officielle de la nouvelle gare routière par le président de la Délégation spéciale de la Commune urbaine, ce mardi 12 mai 2026. À peine la cérémonie terminée, une vague de contestation a éclaté dans plusieurs marchés de la ville, où des commerçants dénoncent une décision municipale qu’ils jugent « inadéquate » et « sans fondements ».
Au cœur de la polémique, le mot d’ordre annoncé par les autorités communales :
« Désormais, il est formellement interdit de débarquer ou de prendre des passagers en dehors de la gare routière.»
Une mesure qui vise, selon les autorités, à mieux organiser le transport urbain et interurbain, fluidifier la circulation et renforcer le contrôle des activités liées au transport. Mais du côté des commerçants, cette décision est perçue comme une menace directe contre leurs activités économiques.
Une ville paralysée
Ce mardi matin, Tombouctou s’est réveillée dans une atmosphère inhabituelle. Plusieurs boutiques sont restées fermées dans différents marchés de la ville, donnant l’image d’une véritable « ville morte ». Des commerçants et certains acteurs économiques ont observé un mouvement de protestation pour exprimer leur désaccord face à la nouvelle réglementation.
Les marchés et les rues habituellement animées ont laissé place à un calme pesant. Des habitants affirment n’avoir jamais vu une telle paralysie depuis plusieurs mois.
Selon certains commerçants rencontrés sur place, l’obligation de centraliser toutes les opérations de débarquement et d’embarquement à la gare routière risque de réduire considérablement l’affluence dans certaines zones commerciales qui vivaient essentiellement du passage des voyageurs.
« Beaucoup de familles dépendent des activités générées autour des points d’arrêt habituels des véhicules. Cette décision va étouffer nos commerces », déplore un vendeur du grand marché.
Une décision qui divise
Si certains citoyens saluent une volonté de mettre de l’ordre dans le secteur du transport, d’autres estiment que la mairie aurait dû engager davantage de concertations avec les acteurs concernés avant l’application de cette mesure.
Des voix s’élèvent également pour demander un délai d’adaptation ainsi qu’un accompagnement des commerçants impactés.
Pour l’heure, les autorités communales n’ont pas encore officiellement réagi à cette mobilisation. Toutefois, plusieurs observateurs craignent une montée des tensions si un dialogue n’est pas rapidement engagé entre la mairie et les représentants des commerçants.
Cette situation intervient dans un contexte socio-économique déjà fragile, où de nombreux ménages peinent à faire face à la baisse des activités économiques dans la région surtout à quelques jours de la Tabaski.
En attendant une éventuelle médiation, Tombouctou retient son souffle face à une crise qui met en lumière les défis liés à la réorganisation urbaine et à la gestion des activités économiques locales.
Actu locale
Tonka : les enseignants annoncent un arrêt de travail et dénoncent la gestion du CAP
La tension monte dans le secteur éducatif à Tonka, dans la région de Tombouctou. La Synergie locale des syndicats des enseignants (SYNEFCT et SYNATEM) a annoncé un arrêt de travail sur toute l’étendue de la circonscription du Centre d’Animation Pédagogique (CAP) de Tonka.
Dans une correspondance adressée au préfet, les syndicats justifient cette décision par ce qu’ils qualifient de « mauvaise foi » du Directeur du CAP (DCAP) dans la gestion des préoccupations des enseignants. Ils dénoncent également l’absentéisme du responsable, le manque de collaboration avec les syndicats ainsi que la dégradation des conditions de travail.
Parmi les griefs évoqués figurent les intimidations et humiliations présumées subies par certains enseignants lors des suivis pédagogiques, la transformation des missions d’encadrement en opérations de contrôle jugées « policières », l’exclusion des syndicats dans certaines prises de décisions administratives et pédagogiques, ainsi que l’insuffisance de matériels didactiques dans plusieurs écoles.
La Synergie locale déplore aussi la pénurie d’enseignants dans la circonscription, tout en estimant que le nombre de conseillers pédagogiques reste élevé. Elle réclame par ailleurs l’installation effective du CAP à Tonka ville, jugeant que les raisons sécuritaires avancées jusque-là ne sont plus valables.
Dans leurs revendications, les syndicats exigent notamment la fin des intimidations contre les enseignants, le retour à un encadrement pédagogique plus formatif, l’implication des représentants syndicaux dans les décisions concernant le personnel, la dotation urgente des écoles en matériels didactiques, le redéploiement d’enseignants pour combler le déficit, ainsi que le départ immédiat du DCAP.
En réponse à la lettre des syndicats datée du 21 avril 2026, le Directeur du CAP de Tonka a déclaré la correspondance « irrecevable ». Dans sa réponse du 8 mai 2026, il estime que le contenu de la lettre ne respecte pas les usages administratifs et contient des expressions « désobligeantes et belliqueuses ». Le responsable affirme toutefois rester ouvert au dialogue et à la collaboration.
Toutefois, des sources proches du dossier indiquent que des négociations devraient s’ouvrir au cours du week-end entre les différentes parties afin de tenter de trouver une issue favorable à cette crise. Les autorités administratives et éducatives chercheraient ainsi à éviter une paralysie des activités scolaires dans la circonscription de Tonka.
Malgré cette perspective de dialogue, la Synergie locale maintient pour l’instant sa menace d’arrêt de travail jusqu’à satisfaction de ses doléances. Cette situation fait craindre des perturbations dans le fonctionnement des écoles de la circonscription dans les prochains jours.
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