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Santé

Tombouctou : quand la peur du test favorise la propagation du VIH

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A l’instar de nombreuse autre ville du pays, Tombouctou est confrontée à la dure réalité du VIH. Si le taux de prévalence est sensiblement le même depuis quelques années, il cache toutefois une inquiétante réalité : la peur du dépistage. Chez les jeunes comme les adultes, la peur de connaître son statut constitue un frein majeur aux efforts de lutte contre la maladie. Entre stigmatisation sociale, anxiété psychologique et manque d’information, le test reste évité, pendant que le mal se propage.

« Je ne vois pas d’intérêt à faire le dépistage sitôt que je me sens bien »

Assis à son grin, Mahamoudou, un trentenaire reconnait n’avoir jamais fait le test du VIH. « Je ne me sens pas concerné, je me protège et je fais attention », confie-t-il. Son compagnon Oumar va plus loin « Je préfère ne pas savoir. Si le résultat est positif, mieux vaut mourir », s’exclame -t-il. Comme eux, beaucoup des jeunes associent encore le VIH à une histoire sexuelle, une condamnation définitive.
Dans les centres de santé de la ville de Tombouctou, le constat est le même : le VIH est là, mais le dépistage demeure toujours rare Lalla, étudiante mariée et mère d’un enfant soutienne l’idée. « Ici, même les murs ont des oreilles, je ne préfère pas que les gens sachent que je fais le dépistage. Je ne suis pas rassurée par leur histoire de confidentialité. » Pour ces personnes interviewées, le risque sanitaire n’est pas comparable au regard de la société qui jusque-là continue de croire que le VIH n’est transmissible que par voie sexuelle.

Un virus toujours actif

Un comportement jugé inapproprié face à un virus comme le VIH. Selon Baba SALOUM, infirmier spécialisé dans la prise charge du VIH au centre de santé de référence de Tombouctou « Jusqu’à ce jour, personne ne s’est présentée pour le dépistage volontaire ». Une situation qui favorise la circulation discrète de la maladie.
« La plupart des cas enregistrés ont été découvert au cours des consultations générales. Avec l’avis du malade, nous faisons le test », explique-t-il.  Des prélèvements qualifiés d’alarmants par l’infirmier « Ces trois dernières années des évolution considérables sont constatées au CSREF de Tombouctou : 13 cas en 2023, 12 en 2024, 13 en 2025 et déjà 6 en ce début de 2026 » ajoute-t-il. Le dépistage précoce permet de préserver la santé du patient, mais aussi de rompre la chaine de transmission qui monte à une vitesse de croisière.
« Aujourd’hui, une personne vivant avec le VIH, bien suivie et sous traitement, peut vivre normalement », rappelle l’infirmier. « Le problème n’est pas le statut du patient, mais le retard de sa prise en charge. »

La peur, un frein au dépistage

« La réticence au dépistage repose sur un ensemble de mécanismes psychologiques » Précise le psychologue clinicien Hamadoune BOCOUM « Beaucoup associent le VIH à une maladie mortelle malgré la disponibilité des traitements adéquats », analyse-t-il.
Il estime qu’en plus de la peur, plusieurs émotions dominent chez quelqu’un qui redoute de connaître son statut : l’anxiété, la culpabilité et le découragement. « La personne va penser qu’elle a eu de nombreux partenaires, qu’elle a eu des rapports non protégés ou qu’elle a mal agi. Elle va se culpabiliser elle-même. Quant au découragement, il survient certainement après l’annonce du résultat. » affirme le psychologue. Cette pression sociale pousse donc certains individus à préférer l’ignorance à l’angoisse du rejet.

Un dépistage confidentiel, un traitement gratuit

Dans les centres de santé, les professionnels insistent pourtant sur le respect du secret professionnel. « Personne ne doit savoir des informations sur l’état d’un patient » atteste l’infirmier. Selon lui pour garder l’anonymat du patient, il récupère lui-même les médicaments au dépôt pour ensuite les remettre au malade dans une totale discrétion. 
En plus de cela, le teste est rapide et la prise en charge est gratuite. En cas de résultat positif, un accompagnement psychologique est proposé. Comme cité par la loi n° 06-028 du 29 juin 2006 et dans la déclaration de la politique nationale de lutte contre le VIH/SIDA adoptée le 7 avril 2004 par le gouvernement de l’époque.
« Cependant des avancées majeures restent à faire dans la formation des agents de santé surtout sur les questions d’éthique et de déontologie », reconnait Baba SALOUM ; ajoutant que « la confidentialité est une obligation pour tout agent de santé » 

Briser le silence

Pour vaincre un mal de la taille du VIH/SIDA, il est impératif de cesser d’en faire un tabou car l’hôpital seul ne peut-être le rempart. Pour le Psychologue, la solution passe par « la psychoéducation familiale » c’est-à-dire la nécessité de l’accompagnement et l’appui de l’entourage auprès du séropositif afin de déconstruire les préjugés autour de son statut. « Il faut parler du VIH sans dramatiser, le dépistage est un acte normal et responsable. » martèle le praticien.
Si les mots rassurent, le chemin reste long, mais la réalité quant à elle persiste :  le VIH se combat d’abord par l’information et la confiance. 

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1 Comment

1 Comment

  1. Drahamane salmana

    22 février 2026 at 18h49

    Très belle article. Merci

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