Actualité
Effets du changement climatique au Mali : le Faguibine, un lac sacrifié
A la place de l’immense étendue d’eau, ce sont désormais des dunes à perte de vue, quelques dizaines d’hectares cultivables, des troupeaux visiblement affamés et des pirogues de pêche amarrées depuis belle lurette. Qu’est-ce qui est arrivé au lac Faguibine, principale dépression d’une chaîne de cinq cuvettes lacustres ? Les responsabilités se diluent entre changement climatique, aménagements hasardeux et instabilité politique.
« Je suis obligé d’aller cueillir des plantes pour les vendre afin de pouvoir survivre », raconte Mohamed Aldjoumati, autrefois pêcheur sur le lac Faguibine et membre de la Coopérative des pêcheurs de Goundam. « On ne peut finir de raconter nos peines », se lamente le sexagénaire qui a aujourd’hui tout perdu à la suite du tarissement du lac. Sa misère, tout comme celle des agriculteurs et éleveurs de cette zone, a commencé depuis 1984. C’est à partir de cette période que le lac a connu un début d’assèchement qui s’est poursuivi au fil des ans.
« Au début, on pensait être les seuls à être affectés », confie, Mossa Ag Houmeiyata, président de la Fédération des éleveurs du cercle de Goundam. « Le cheptel est décimé et les bras valides ont tous quitté la zone du Faguibine à la recherche de meilleurs pâturages », ajoute-t-il.
« Nous ne gagnons plus rien, même cette année où il y a eu cette crue exceptionnelle, nous sommes butés à l’invasion des plantes envahissantes et des bourgoutières (pâturage inondé de la graminée aquatique appelée bourgou) qui freinent la venue des poissons dans le Faguibine », se plaint Ahmadou Oumar, leader de la Coopérative des pêcheurs du cercle de Goundam.
Le mercredi 04 juin 2025, jour de la foire hebdomadaire locale, nous embarquons à l’arrière d’un pick-up, assis sur les marchandises. Destination, la commune de Bintagoungou, située à environ 100km de Tombouctou. Une zone enclavée, sans route praticable, seules les traces laissées par les roues des véhicules et l’expérience du chauffeur servent de guide. Située à l’entrée du Faguibine, cette commune qui était une île, est aujourd’hui entourée par du sable.

Hamma Aboubacrine, le maire de Bintagoungou, à peine nous avoir accueilli pointe du doigt l’urgence : « Depuis l’assèchement du lac, nous ne faisons qu’interpeller, attirer l’attention des gens : faites attention, si le Faguibine ne reçoit plus d’eau, c’est une trace du Mali qui va s’effacer ».
Sur son téléphone, il nous montre les images d’une vidéo amateur tournée en 2024 lors d’une manifestation organisée dans sa commune. On peut lire sur une des banderoles des manifestants : « L’exploitation judicieuse des plaines et lacs du système Faguibine est un rempart contre l’exode rural, l’insécurité alimentaire et l’extrémisme violent ».

Avec une population estimée à 274.153 habitants en 2022, la zone du Faguibine était réputée pour ses activités économiques, principalement composées de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Selon SADI-Consult, cité dans le rapport d’étude du groupe URD (Urgence – Réhabilitation – Développement), la production céréalière de la Faguibine est estimée à 400 000 tonnes en 2002 et celle de poisson atteignait 5 120 tonnes. En 2025, aucun des services techniques décentralisés de l’Etat ne dispose de données sur les productions de la localité.
Aujourd’hui, le Faguibine est devenu dépendant de l’assistance humanitaire. « Qui parle de famine parle d’insuffisance alimentaire. Ce qui était alarmant, c’était au niveau des enfants, des personnes âgées, des femmes enceintes, des femmes allaitantes. C’était vraiment la faim et la désolation », nous confie Aly Hameye Maiga, ancien agent de Vétérinaire Sans Frontières (VSF). Selon lui, les appuis des ONG ont permis d’aider à maintenir les gens sur place et à s’adapter aux crises.
Aux origines du tarissement
Spécialiste en Population-Environnement et Gestion durable des ressources naturelles, le Docteur Mahamadou Abocar, auteur de la thèse : « Changements climatiques et systèmes de production des lacs interconnectés du système Faguibine au Mali », estime que le système Faguibine ne reçoit plus suffisamment d’eau du fleuve Niger en raison de la baisse des débits, des facteurs naturels et de barrières humaines aux écoulements naturels.
En effet, plusieurs périmètres irrigués ont été développés tout au long du fleuve, notamment l’office du Niger avec ses 100 000 hectares de périmètres irrigués villageois (PIV) et les aménagements hydro-agricoles de moyenne et grande taille (barrages de Markala et Selingué). « Dans la zone du système Faguibine, il existe plus de 200 PIV pour une superficie totale de plus de plus de 6 000 ha », affirme l’Office pour la mise en valeur du système Faguibine (OMVF), une institution qui gère le développement et les ressources hydriques dans la région de Faguibine.


Les explications de Salikou Lamine Sako, spécialiste des aménagements hydro-agricoles confirment l’idée que « l’installation anarchique des périmètres irrigués villageois obstrue l’écoulement normal des eaux du Niger jusqu’au Faguibine ». Selon lui, pour faciliter l’itinéraire de leur canal, les communautés abattent les réserves forestières qui stabilisent les berges du chenal qui alimentent le système.

D’après Mamadou Sarra, ingénieur agro-hydraulicien à l’Institut d’économie rurale de Bamako, contacté par mail, le barrage de Markala intercepte une part importante des crues pour irriguer les périmètres de l’Office du Niger, affectant directement la crue qui pourrait arriver dans les zones lacustres. « En saison des pluies, ces interceptions faites par les deux barrages ont pour effet de réduire et de décaler les crues saisonnières naturelles, de perturber le cycle hydrologique des zones humides et de limiter l’alimentation en eau des bras du fleuve Niger qui alimentent les lacs », explique l’ingénieur.
En 2020, dans un rapport d’étude intitulé : « Le lac Faguibine : un territoire au cœur des dynamiques complexes »,publié par le groupe URD (Urgence – Réhabilitation – Développement), le bureau de la Banque mondiale au Mali indique que la vallée du fleuve Niger permet l’irrigation de plus de 1 800 000 hectare. Selon le rapport, les quantités d’eau pompées pour les activités agricoles sont également responsables de la décroissance des débits.
Et ce n’est pas le maire de la commune de Bintagoungou qui dira le contraire : « La première cause du tarissement du Faguibine est la diminution des ressources en eau. À côté de cette diminution, il y a les besoins en eau qui se sont multipliés et l’installation des barrages et seuils tout au long du fleuve Niger ».
Pourtant les dispositions du Code de l’eau portant la loi N° 02-006, du 31 janvier 2002, sont claires. Son article 18 stipule « qu’aucune dérivation des eaux du domaine public, de quelque manière et dans quelque but que ce soit, en les enlevant momentanément ou définitivement à leurs cours, susceptible de nuire au libre écoulement ou de réduire la ressource en eau ne peut être faite sans autorisation préalable de l’administration chargée de l’eau après avis du Conseil National de l’eau ». Qui pour veiller à l’ application de ces textes ?
Abdoulaye Diarra, Directeur régional des Services de l’Hydraulique de Tombouctou nous fait savoir que depuis sa prise de fonction en 2021, sa structure, chargée de la gestion et du contrôle de ces eaux, n’a jamais reçu de demande d’installation ou d’aménagement d’un périmètre irrigué villageois dans la région.
A en croire le Commandant Manassé Dembélé, Directeur régional des services des eaux et forêts de Tombouctou, son service se trouve beaucoup affaibli dans la zone du système Faguibine. Certes, il est présent, mais très faiblement représenté. « Le service a besoin réellement de ressources humaines pour pouvoir mieux répondre à ses missions dans le ressort territorial du Fagibine, du cercle de façon générale », prévient le Commandant Manassé Dembélé.
Si certains accusent les barrages de Sélingué et Markala de contribuer au tarissement du Faguibine, la Direction de l’OMVF balaye du revers de la main cette hypothèse. « Hydrauliquement parlant, le barrage de Sélingué permet d’avoir une lame d’eau dans le fleuve tout au long de l’année, par conséquent ne peut être une raison du tarissement du Faguibine », affirme Abdoul Kader Traoré, Directeur adjoint de l’OMVF. Cependant, force est de constater qu’aucune étude récente n’a été menée afin d’évaluer les impacts de ces prélèvements.
Le palliatif que le barrage de Taoussa aurait pu être, pourrait soulager le prélèvement en amont mais il n’a jamais pu voir le jour. Ce barrage mise sur la restauration des écosystèmes détériorés dans le nord du Mali. Son coût estimé à 130 milliards de FCFA bénéficie d’un financement multiple incluant la BID, la BOAD, la BADEA et de plusieurs fonds de développement arabes (Koweïtiens et Saoudiens). Les travaux, initialement prévus pour durer 6 ans, ont été confrontés à des défis majeurs, notamment la crise politico-sécuritaire qui a affecté le Mali à partir de 2012 occasionnant par la suite le retrait des partenaires.
Avancée incontrôlée du désert
Pour plusieurs pêcheurs rencontrés à Goundam, les difficultés qu’ils rencontrent aujourd’hui seraient le résultat de l’ensablement des chenaux et amenés d’eau de la zone du Faguibine. C’est ce que pense aussi Ahmadou Oumar, président de la Coopérative des pêcheurs de la localité. Avant cette situation, son activité marchait et il transportait ses produits de pêche au sud et à l’extérieur du pays. « Aujourd’hui, nous sommes obligés de faire du nomadisme et de pêcher hors de notre zone habituelle », explique-t-il.
Le phénomène d’ensablement est accentué par les actions humaines. C’est ce que tend à montrer le Service des eaux et forêts de Tombouctou. « La zone du Faguibine était très boisée, notamment en essence épineuse, des espèces qui sont très adaptées au milieu. Qu’il pleuve ou pas, celle-ci se maintient pendant une longue période », assure le Commandant Dembélé. Il soutient que ces végétaux sont coupés lors des travaux d’agriculture ou pour d’autres besoins comme la fabrication du charbon de bois. « Tout contrevenant interpellé, ou arrêté, répond simplement, je cherche à manger », confia-t-il
Gestion hasardeuse des projets
Le maire de la localité estime qu’en plus de l’avancée incontrôlée du désert, la mauvaise gestion des projets de développement empire la situation de la localité. « Je n’accuse pas les projets, j’accuse la conception des projets parce que depuis les années 80, l’Etat a constaté que si rien n’est fait, on allait perdre le Faguibine. Il y a le projet Faguibine qui a été créé à la hâte sans études et sans moyens pouvant permettre de recruter des techniciens qualifiés », précise-t-il.
Depuis l’assèchement du lac Faguibine, plusieurs projets ont été lancés, dont un projet de 3.428.643 de dollars américains, soutenu par l’ambassade de la Norvège en partenariat avec le PNUD et l’Etat du Mali. Ce fonds devait soutenir « le projet d’appui à la restauration du système Faguibine (PARF) » en 2011 dont l’objectif global était de « Contribuer à la lutte contre l’insécurité alimentaire et améliorer le niveau de vie des populations en zone OMVF ».
Signé pour une période d’une année allant de janvier 2011 à décembre 2011, le projet n’a pu être conclu qu’en 2018 en raison de l’instabilité politique et sécuritaire du pays. Finalement, ce projet n’a pas atteint l’ensemble des résultats escomptés. Le niveau de réalisation des indicateurs de la composante B du projet est estimé à 13,33%, selon le rapport final de la première phase du projet d’appui à la restauration du Faguibine.
« Le PARF dispose de divers équipements (une chargeuse sur pneu, une pelle mécanique, un porte char, un camion benne et un camion-citerne) censés intervenir dans le curage des chenaux. Ces équipements acquis au compte du PARF sont à Sotuba-Bamako pour des raisons de sécurité », peut-on lire dans le rapport.
À la suite de l’échec du projet Faguibine, le gouvernement du Mali a créé sous la loi N°06-11 du 27 janvier 2006, l’Office pour la Mise en Valeur du Système Faguibine. De 2006 à 2014, les actions de l’Office n’ont pu apporter de réponses aux problèmes du lac. « On ne crée pas un office sur le désert. L’OMVF a été créé sans études préliminaires, sans rien. Des partenaires ont été mobilisés avec des milliards, mais il n’y avait rien de concret, l’argent est là et on fait un pilotage à vue. Il n’y avait pas d’études, pas de papiers qui montrent le travail à faire », se plaint Hamma Aboubacrine.
« C’était de l’argent mobilisé sans faire le préalable, c’est-à-dire ce qu’on devrait faire, c’est de pousser l’Etat à curer, à étudier, à aménager, à mettre l’eau dans le Faguibine et après mettre l’Office », insiste Aboubacrine. « Un office n’est pas là pour faire les aménagements en amont. Il intervient une fois que les investissements sont réalisés, pour y veiller », martèle le maire.
La Direction de l’Office confirme qu’une seconde étude a été menée en 2015 pour la deuxième phase du PARF dénommé Programme Cadre pour la restauration et le développement du système Faguibine PC-RDSF. Son budget est estimé à plus de 44 milliards de francs CFA. « Ce programme reste sans financement et l’étude est devenue caduque », se lamente le directeur adjoint de la structure.

Un coup dur pour les écosystèmes
Selon plusieurs études scientifiques, les caractéristiques des sols du Faguibine étaient à l’origine de la grande variabilité des superficies cultivables. Ces études indiquent que la texture des sols varie de l’argile aux limons selon la profondeur du lac. Des sols caractérisés par une teneur en matière organique (6,7% en surface entre 0 et 10 cm) supérieure à celle des autres sols de la région lacustre. En profondeur (entre 100 et 140 cm), cette teneur peut atteindre jusqu’à 19,3% . « Des nutriments qui assurent la fertilité des sols sans nécessiter d’engrais », affirme la Direction de L’OMVF.
«Avec l’accentuation de l’aridité du milieu, on assiste à la disparition presque totale des zones humides et des écosystèmes associés. Les terres autrefois fertiles en zone de décrue ont perdu leur productivité, la pêche est devenue marginale, et les pâturages se sont raréfiés », déclare le Docteur Abocar lors d’un échange sur whatsApp.
« Des nombreuses espèces d’oiseaux d’eau migrateurs et résidents telles que le canard casqué, l’oie de Gambie, la grue couronnée, la cigogne d’Abdim qui dépendent de ces milieux ont fortement diminué. Les animaux domestiques locaux (zébu Azaouak, mouton de Macina) adaptés au climat aride sont soumis à la pression croissante », ajoute-il.
Il n’y a pas eu de statistiques officielles auxquelles nous avons eu accès qui font le point de ces disparitions. Mais les constats des populations sur la disparition des écosystèmes de la zone lacustre dessinent le scénario.
Des populations poussées à l’exode
Face à la dégradation du milieu et à la raréfaction des ressources, de nombreux habitants migrent vers d’autres régions du Mali ou pays voisins (comme la Mauritanie) pour trouver du travail ou survivre. Le rapport 2020 du groupe URD (Urgence – Réhabilitation – Développement) précise que l’exode rural concerne environ 20% des personnes originaires de la zone du Faguibine, soit 42.919 personnes.
La baisse des productions agro-pastorales et halieutiques a entraîné l’effondrement de l’économie des exploitants du système Faguibine. Ainsi, la perte des moyens de subsistance traditionnels aggrave la précarité et réduit la résilience des populations déjà très éprouvées par l’insécurité qui sévit dans la zone depuis le début des années 1990.
Dans la ville de Tombouctou, des centaines de jeunes hommes issus des 16 communes du Faguibine travaillent comme manœuvre (aides – maçons). Un travail peu rémunérateur comparé aux bénéfices qu’ils tiraient des activités agropastorales, nous dit Hameye, un originaire de Hangabera, village situé à une trentaine de kilomètres de Goundam.
« Nous travaillons 08 heures par jour pour un paiement journalier de 2 500 F CFA, un montant qui ne nous permet pas de nous loger, d’assurer les trois repas quotidiens et d’assister la famille restée au village », explique-t-il.
Selon, les acteurs des Coopératives des pêcheurs et des éleveurs du Faguibine rencontrés, avant la crise politico-sécuritaire de 2012, la zone abritait des Institutions de microfinance (IMF) qui octroyaient des microcrédits essentiellement aux OPA (Organisations paysannes agricoles) pour la couverture de leurs frais de campagne, à des groupements d’artisans et à des commerçants. « Malheureusement, elles se sont maintenant toutes retirées », regrettent-ils.
Cette enquête est réalisée par Albakaye B. CISSE avec le soutien de la CENOZO dans le cadre du Programme « Promouvoir le journalisme d’investigation au Sahel ».
Actu locale
Tonka endeuillée à nouveau : un directeur de médersa exécuté en public
La ville de Tonka est une fois de plus plongée dans la douleur. Abdoul Salam Maïga, directeur d’une médersa locale, a été froidement assassiné en pleine rue par des individus armés.
D’après plusieurs témoins, la victime se trouvait avec ses proches au marché lorsque ses bourreaux ont fait irruption. Ils l’ont contraint à les suivre, avant de revenir quelques minutes plus tard avec lui, les yeux bandés. Il a été exécuté sur place, sous les yeux de personnes présentes sur les lieux.
Ce drame vient raviver une blessure encore ouverte au sein d’une communauté déjà meurtrie par une succession de violences. En novembre dernier, Mariam Cissé avait été enlevée puis assassinée. Fin mars, Amadou Diadié Baby, dit Marco, avait à son tour été abattu devant sa boutique par des hommes armés.
Ces meurtres à répétition installent durablement un sentiment de terreur et d’insécurité dans la ville, laissant ses habitants dans une angoisse profonde face à une violence qui ne semble pas vouloir s’arrêter.
Actu locale
Commune urbaine de Tombouctou : les commerçants s’insurgent contre la décision de la mairie
La tension monte à Tombouctou après l’inauguration officielle de la nouvelle gare routière par le président de la Délégation spéciale de la Commune urbaine, ce mardi 12 mai 2026. À peine la cérémonie terminée, une vague de contestation a éclaté dans plusieurs marchés de la ville, où des commerçants dénoncent une décision municipale qu’ils jugent « inadéquate » et « sans fondements ».
Au cœur de la polémique, le mot d’ordre annoncé par les autorités communales :
« Désormais, il est formellement interdit de débarquer ou de prendre des passagers en dehors de la gare routière.»
Une mesure qui vise, selon les autorités, à mieux organiser le transport urbain et interurbain, fluidifier la circulation et renforcer le contrôle des activités liées au transport. Mais du côté des commerçants, cette décision est perçue comme une menace directe contre leurs activités économiques.
Une ville paralysée
Ce mardi matin, Tombouctou s’est réveillée dans une atmosphère inhabituelle. Plusieurs boutiques sont restées fermées dans différents marchés de la ville, donnant l’image d’une véritable « ville morte ». Des commerçants et certains acteurs économiques ont observé un mouvement de protestation pour exprimer leur désaccord face à la nouvelle réglementation.
Les marchés et les rues habituellement animées ont laissé place à un calme pesant. Des habitants affirment n’avoir jamais vu une telle paralysie depuis plusieurs mois.
Selon certains commerçants rencontrés sur place, l’obligation de centraliser toutes les opérations de débarquement et d’embarquement à la gare routière risque de réduire considérablement l’affluence dans certaines zones commerciales qui vivaient essentiellement du passage des voyageurs.
« Beaucoup de familles dépendent des activités générées autour des points d’arrêt habituels des véhicules. Cette décision va étouffer nos commerces », déplore un vendeur du grand marché.
Une décision qui divise
Si certains citoyens saluent une volonté de mettre de l’ordre dans le secteur du transport, d’autres estiment que la mairie aurait dû engager davantage de concertations avec les acteurs concernés avant l’application de cette mesure.
Des voix s’élèvent également pour demander un délai d’adaptation ainsi qu’un accompagnement des commerçants impactés.
Pour l’heure, les autorités communales n’ont pas encore officiellement réagi à cette mobilisation. Toutefois, plusieurs observateurs craignent une montée des tensions si un dialogue n’est pas rapidement engagé entre la mairie et les représentants des commerçants.
Cette situation intervient dans un contexte socio-économique déjà fragile, où de nombreux ménages peinent à faire face à la baisse des activités économiques dans la région surtout à quelques jours de la Tabaski.
En attendant une éventuelle médiation, Tombouctou retient son souffle face à une crise qui met en lumière les défis liés à la réorganisation urbaine et à la gestion des activités économiques locales.
Actu locale
Tonka : les enseignants annoncent un arrêt de travail et dénoncent la gestion du CAP
La tension monte dans le secteur éducatif à Tonka, dans la région de Tombouctou. La Synergie locale des syndicats des enseignants (SYNEFCT et SYNATEM) a annoncé un arrêt de travail sur toute l’étendue de la circonscription du Centre d’Animation Pédagogique (CAP) de Tonka.
Dans une correspondance adressée au préfet, les syndicats justifient cette décision par ce qu’ils qualifient de « mauvaise foi » du Directeur du CAP (DCAP) dans la gestion des préoccupations des enseignants. Ils dénoncent également l’absentéisme du responsable, le manque de collaboration avec les syndicats ainsi que la dégradation des conditions de travail.
Parmi les griefs évoqués figurent les intimidations et humiliations présumées subies par certains enseignants lors des suivis pédagogiques, la transformation des missions d’encadrement en opérations de contrôle jugées « policières », l’exclusion des syndicats dans certaines prises de décisions administratives et pédagogiques, ainsi que l’insuffisance de matériels didactiques dans plusieurs écoles.
La Synergie locale déplore aussi la pénurie d’enseignants dans la circonscription, tout en estimant que le nombre de conseillers pédagogiques reste élevé. Elle réclame par ailleurs l’installation effective du CAP à Tonka ville, jugeant que les raisons sécuritaires avancées jusque-là ne sont plus valables.
Dans leurs revendications, les syndicats exigent notamment la fin des intimidations contre les enseignants, le retour à un encadrement pédagogique plus formatif, l’implication des représentants syndicaux dans les décisions concernant le personnel, la dotation urgente des écoles en matériels didactiques, le redéploiement d’enseignants pour combler le déficit, ainsi que le départ immédiat du DCAP.
En réponse à la lettre des syndicats datée du 21 avril 2026, le Directeur du CAP de Tonka a déclaré la correspondance « irrecevable ». Dans sa réponse du 8 mai 2026, il estime que le contenu de la lettre ne respecte pas les usages administratifs et contient des expressions « désobligeantes et belliqueuses ». Le responsable affirme toutefois rester ouvert au dialogue et à la collaboration.
Toutefois, des sources proches du dossier indiquent que des négociations devraient s’ouvrir au cours du week-end entre les différentes parties afin de tenter de trouver une issue favorable à cette crise. Les autorités administratives et éducatives chercheraient ainsi à éviter une paralysie des activités scolaires dans la circonscription de Tonka.
Malgré cette perspective de dialogue, la Synergie locale maintient pour l’instant sa menace d’arrêt de travail jusqu’à satisfaction de ses doléances. Cette situation fait craindre des perturbations dans le fonctionnement des écoles de la circonscription dans les prochains jours.
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Albert Karim TRAORE
12 décembre 2025 at 17h44
Tres bel article,avec une vue claire de la problematique et des enjeux.Vive le journalisme d’investigation !