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Maouloud à Tombouctou : un jour de fête et de ferveur
Le 11 septembre, le monde musulman a célébré le Maouloud, commémorant la naissance du Prophète Muhammad. À Tombouctou, cette fête prend une dimension toute particulière.
La place de Sankoré a majestueusement accueilli hommes, femmes et enfants venus des différents quartiers, mais aussi des villes voisins, pour assister aux lectures panégyriques en l’honneur du Prophète.
Les habits traditionnels, les perles et les parures éclatantes ajoutaient une touche festive à ce moment de communion, partagé aussi bien par les habitants de la cité que par les nombreux ressortissants.
Au cœur de la place, haut lieu du savoir islamique, les voix résonnaient, rythmées par les invocations et les chants.
À la tombée du soleil, les différents points de lecture se rassemblent sur la place de Sankoré, noire de monde, tant la foule ne cessait de croître. Le lieu offrait alors un spectacle fascinant, marqué par la diversité des participants et une aura unique. Comme l’a rappelé Dramane Sow, on peut se demander : « Sankoré a-t-elle vraiment besoin de tous ces jeux de lumière pour briller ? »
Origines
La tradition du Maouloud à Tombouctou remonte au début du XVIe siècle, dans le quartier de Djingareïber, avec Bul Kassoum et la référence au Maouloud Mouhammadiya, célébrant la naissance du Prophète. À l’époque, les lectures panégyriques se tenaient exclusivement dans les trois grandes mosquées de la ville : Djingareïber, Sankoré et Sidi Yahia.
Avec l’essor de Tombouctou, devenue carrefour commercial et intellectuel, des voyageurs s’imprégnèrent des traditions locales et contribuèrent à la diversification des célébrations. L’historien Salem Ould Alhadje souligne que « la ville de Tombouctou reçoit des étrangers qui intègrent les coutumes de la cité, créant ainsi de nouveaux points de lecture pour leurs communautés ».
Au fil des siècles, ces lieux de célébration se sont multipliés : les Baram Baram des Kounta Ragagda, ceux de Hamalla Banda, d’Araouani et bien d’autres. Parallèlement, les femmes religieuses ont pris l’habitude de tenir des prêches sur les places publiques.
Les intonations diffèrent selon les communautés et les mosquées, mais le message demeure le même : rendre hommage au Prophète.
Les poèmes panégyriques
Dès le XVIe siècle, les premiers poèmes déclamés lors du Maouloud sont attribués à l’Andalou Ibn Muhib. Le poète Alpha Zazi est également cité comme source, mais ses textes ont été complétés par Ibn Muhib, dont le nom s’est imposé dans la mémoire collective, explique l’historien Sane Chirfi Alpha.
Au fil du temps, d’autres poètes ont enrichi le répertoire : Ahlan, Almarkouziya, Shtaddi ou encore Alboussirou. S’y ajoutent des poèmes anonymes retraçant la biographie du Prophète, ainsi que des textes complémentaires comme l’Al-Bourda, régulièrement déclamés à l’occasion du Maouloud.